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L'homme qui voulait partir — Page 7 — Feuilleton Périgord Noir La Closerie des arts

Le dessert était arrivé — une tarte aux noix du Périgord, dorée et généreuse — et personne n'avait vraiment envie que la soirée se termine.


C'est Marc qui avait repris la parole. Il avait ce don rare de penser à voix haute sans que ça gêne personne.


*"Le pire avec les réseaux sociaux"*, avait-il dit en se resservant un peu de vin, *"c'est qu'on finit par ne plus savoir si on vit ou si on documente qu'on vit."*


*"C'est-à-dire ?"* avait demandé Théo.


*"Je scroll. Je reposte. Je like. Mais je ne crée rien. Je ne pense rien de vraiment nouveau. Parce que sans m'en rendre compte, je me suis construit un petit cosmos — un univers de gens qui pensent comme moi, qui voient le monde comme moi. L'algorithme s'en est chargé, mine de rien."*


*"Et dans ce cosmos…"* avait murmuré Nathalie.


*"Dans ce cosmos, on m'aime. On me comprend. On valide mes idées parce qu'on les partage déjà. Pas besoin de me remettre en cause. Pas besoin de débattre. Pas besoin de douter."* Il avait souri tristement. *"Des pouces levés et des j'aime — et j'ai l'impression d'exister pleinement. Vraiment. Justement. Pathétique, non ?"*


Un silence.


Théo avait pensé à son fil d'actualité. Toujours les mêmes têtes, les mêmes opinions, les mêmes indignations recyclées. Il n'avait jamais vraiment questionné pourquoi. C'était confortable. Rassurant. Comme une couverture chaude sur un monde compliqué.


*"Le débat d'idées fait peur"*, avait dit Patrick. *"Parce qu'il oblige à se remettre en question. Et se remettre en question — c'est admettre qu'on peut avoir tort."*


*"Et qu'on est seul à décider de qui on est"*, avait ajouté Nathalie doucement.


Thierry était revenu avec le café. Il avait posé les tasses une par une, sans se presser, et s'était assis au bout de la table — ce qu'il ne faisait pas toujours.


Il avait regardé Marc.


*"Tu sais ce qui est drôle ?"* avait-il dit. *"Les gens qui viennent ici — ils arrivent souvent avec leurs certitudes bien rangées dans leur valise. Et au bout de deux jours autour de cette table, avec des inconnus qui ne pensent pas forcément comme eux — quelque chose se desserre."*


*"Quoi exactement ?"* avait demandé Théo.


Thierry avait réfléchi un moment.


*"La peur d'avoir tort. Parce qu'ils réalisent que les autres ne sont pas si différents. Qu'on peut ne pas être d'accord — et quand même trinquer ensemble."*


Il avait levé son verre.


Autour de la table, six personnes — qui ne se connaissaient pas quarante-huit heures plus tôt — avaient fait de même.


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