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L'homme qui voulait partir — Page 65 — Feuilleton Périgord Noir La Closerie des Arts

Thierry — voilà la page 65 pour le blog 👇


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**L'homme qui voulait partir — Page 65 — Feuilleton Périgord Noir La Closerie des Arts**


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Microdosage, psilocybine, Tesla et ses visions, ayahuasca, iboga — quand la science rejoint les traditions chamaniques millénaires. Feuilleton périgordin — La Closerie des Arts, Périgord Noir, Dordogne.


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Le lendemain matin — Marc était encore là.


Il avait dit une nuit. C'était la deuxième. Thierry n'avait pas fait remarquer. Il reconnaissait ce symptôme.


Le café fumait. Et la conversation avait repris là où elle s'était arrêtée — comme si la nuit n'avait été qu'une parenthèse.


*"Il y a quelque chose qu'on n'a pas abordé hier"*, avait dit Marc en posant sa tasse. *"Le microdosage."*


Thierry avait souri.


*"Je me demandais quand tu allais y venir."*


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*"Le microdosage — pour ceux qui ne connaissent pas"*, avait dit Marc en regardant Théo, *"c'est la prise de doses infimes de psilocybine. Cinq à dix fois moins qu'une dose normale. Pas d'hallucinations. Pas d'états modifiés intenses. Juste — une légère ouverture."*


*"Une légère ouverture de quoi ?"*


*"Du filtre. Ce filtre dont on parlait hier — celui que le cerveau utilise pour rendre la réalité gérable."* Marc avait regardé ses mains. *"En microdosage — il devient légèrement plus poreux. Sans submersion. Sans perte de contrôle."*


*"Et les effets ?"*


*"Ce que les utilisateurs sérieux rapportent — plus de créativité. Pensée plus fluide et associative. Intuitions plus claires. Émotions plus accessibles. Et — chose fascinante — une perception accrue des synchronicités."*


*"Comme si on captait mieux les signaux."*


*"Exactement. Steve Jobs le pratiquait. Des milliers de cadres de la Silicon Valley aujourd'hui. Des artistes, des scientifiques, des thérapeutes."*


*"En toute légalité ?"* avait demandé Théo.


*"En France — non. Illégal. Même si les essais cliniques avancent vite. Aux Pays-Bas, en Suisse — des cadres thérapeutiques existent déjà."* Marc avait regardé Thierry. *"La science court après une réalité que les chamans connaissent depuis des millénaires."*


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*"Tesla"*, avait dit Thierry doucement.


*"Tesla ?"* avait demandé Théo.


*"Nikola Tesla — l'inventeur du courant alternatif, de la radio, des fondements de l'électricité moderne. Il décrivait ses inventions d'une façon qui laissait ses contemporains perplexes."* Thierry avait regardé la table. *"Il disait voir ses inventions en trois dimensions avant de les construire. Complètes. Fonctionnelles. Avec les dimensions exactes, les matériaux, les défauts potentiels. Comme si elles existaient déjà quelque part — et qu'il n'avait qu'à les regarder."*


*"Guillemant dirait ?"*


*"Guillemant dirait que Tesla était naturellement branché sur des futurs possibles où ces inventions existaient déjà. Qu'il ne les inventait pas — il les recevait."*


*"Et sa folie dans tout ça ?"* avait demandé Marc.


*"Tesla était obsessionnel compulsif sévère. Des phobies multiples — les bijoux des femmes, les cheveux ronds, les nombres non divisibles par trois. Il ne pouvait pas toucher les cheveux humains. Il comptait ses pas compulsivement."*


*"Le filtre poreux — sans la capacité d'intégration."*


*"Parfois. Et parfois — le génie absolu. Les deux coexistaient. Comme Van Gogh. Comme Newton."*


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*"Et les grandes traditions ?"* avait demandé Théo. *"On a parlé des Aztèques — mais ce n'est pas uniquement eux."*


*"Loin de là."* Thierry avait regardé le jardin. *"L'ayahuasca — en Amazonie. Une décoction de plantes utilisée par les chamans depuis des millénaires. Le DMT qu'elle contient — diméthyltryptamine — est naturellement présent dans le cerveau humain. On le produit nous-mêmes — en quantités infimes — pendant le sommeil profond et peut-être au moment de la mort."*


*"Le cerveau produit naturellement une substance psychédélique."*


*"Exactement. Ce n'est pas une anomalie — c'est une fonction. La question est — pour quoi faire ?"*


*"Et le peyotl ?"* avait demandé Marc.


*"Les Amérindiens — depuis trois mille ans au moins. Utilisé dans des cérémonies rituelles pour accéder au monde des esprits, recevoir des visions, guérir. L'iboga en Afrique centrale — utilisé dans les rituels Bwiti au Gabon. Une plante qui provoque des visions sur douze heures — et qui est aujourd'hui étudiée sérieusement pour traiter les addictions sévères."*


*"Toutes ces cultures — séparées géographiquement, sans contact entre elles — ont toutes trouvé les mêmes portes."*


*"Toutes. Et elles les ont toutes utilisées dans le même but — accéder à quelque chose au-delà du monde ordinaire. Recevoir des informations. Guérir. Se connecter au divin — quel que soit le nom qu'elles lui donnaient."*


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*"Et le lien avec les EMI ?"* avait demandé Marc — avec cet œil clinique qui ne s'éteignait jamais vraiment.


*"C'est peut-être la convergence la plus fascinante."* Thierry avait posé ses mains à plat. *"Les personnes qui ont vécu une expérience de mort imminente et celles qui ont vécu une expérience à haute dose de psilocybine décrivent exactement la même chose."*


*"Exactement ?"*


*"Les mêmes mots. La dissolution de l'ego — la frontière entre soi et le reste du monde qui disparaît. Une connexion à quelque chose de plus grand. Une lumière. Une présence. Et surtout — une perception du temps complètement différente. Passé, présent, futur qui coexistent. La certitude que tout existe déjà simultanément."*


*"Ce n'est pas une coïncidence."*


*"C'est documenté. Des chercheurs de Johns Hopkins ont comparé systématiquement les témoignages d'EMI et les témoignages d'expériences à la psilocybine. La similarité est frappante. Comme si les deux ouvraient la même porte — par des chemins différents."*


*"La mort comme psychédélique naturel."*


*"Ou le psychédélique comme répétition contrôlée de la mort."* Thierry avait regardé Marc. *"Dans les deux cas — ce qu'on perçoit de l'autre côté semble cohérent. Et cohérent avec Guillemant — le futur qui existe déjà. La conscience qui survit au corps. Le temps comme illusion."*


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*"Ce qui me frappe"*, avait dit Marc lentement, *"c'est que pendant vingt-cinq ans — j'ai travaillé à ramener mes patients dans la réalité ordinaire. La réalité partagée. Celle où le temps est linéaire, où le moi est séparé du reste, où le futur n'existe pas encore."*


*"Et maintenant ?"*


*"Maintenant je me demande si cette réalité ordinaire — celle qu'on appelle la santé mentale — n'est pas simplement la réalité la plus pratique pour fonctionner en société. Pas nécessairement la plus vraie."*


*"La carte n'est pas le territoire"*, avait dit Théo.


*"La carte n'est pas le territoire. Et pendant vingt-cinq ans — j'ai soigné des gens qui voyaient peut-être le territoire — en leur imposant la carte."*


Un long silence.


*"Je ne dis pas que la souffrance est bonne. Je ne romantise pas la maladie mentale."* Marc avait regardé ses mains. *"Mais je commence à penser que certains de mes patients n'étaient pas malades. Ils étaient juste — mal accompagnés. Dans un monde qui ne savait pas quoi faire de ce qu'ils percevaient."*


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*"Et le microdosage dans tout ça ?"* avait repris Théo. *"Pour quelqu'un comme toi — ou moi — qui n'est pas en souffrance. Qui cherche juste à être plus disponible."*


*"C'est la question que de plus en plus de gens se posent."* Marc avait regardé Thierry. *"Pas pour fuir la réalité — pour l'approfondir. Pas pour se déconnecter — pour se connecter plus finement."*


*"Guillemant dirait que c'est une voie parmi d'autres."* Thierry avait regardé le jardin. *"La méditation. La contemplation. Certaines pratiques corporelles. Les synchronicités accueillies avec conscience. Et peut-être — dans certains contextes, avec le bon accompagnement — certaines substances."*


*"Chaque outil a son moment."*


*"Chaque outil a son moment. Et la sagesse — c'est de savoir lequel utiliser quand. Et surtout — de demander conseil à ceux qui savent avant de choisir."*


Marc avait hoché la tête lentement.


*"C'est peut-être ça la vraie psychiatrie du futur — pas normaliser les consciences différentes. Les accompagner."*


Dehors — le Périgord dans la lumière du matin.


Théo avait regardé son café.


Marc avait regardé le jardin.


Et Thierry avait regardé le marronnier centenaire — cet arbre qui avait tout vu, tout entendu, tout gardé.


Certaines conversations changent quelque chose.


Pas dans la tête.


Quelque part de plus profond.


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