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L'homme qui voulait partir — Page 60 — Feuilleton Périgord Noir La Closerie des arts

Le lundi matin, Élise était partie.


Pas de grande scène. Pas de larmes. Une valise dans le coffre, une accolade à Thierry, un regard à Théo — long, silencieux — et la voiture qui disparaissait dans le chemin de la Closerie.


Thierry avait regardé la poussière se dissiper. Puis il était rentré.


*"On sort ?"* avait-il dit simplement.


Théo n'avait pas demandé où.


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Trente minutes plus tard — Saint-Léon-sur-Vézère.


Le village était niché dans un méandre de la Vézère — comme posé là par quelqu'un qui aurait cherché l'endroit le plus beau possible et l'aurait trouvé. Classé parmi les Plus Beaux Villages de France — ses toits à coyaux, ses pierres blondes et chaudes, ses ruelles étroites appelées couredous, et la Vézère qui coule au pied du village.


Thierry avait garé la voiture sans un mot. Ils avaient marché.


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*"C'est quoi cet endroit ?"*


*"XIIe siècle. Romane. Une des plus belles églises de la vallée. Elle a vu passer les croisés, les guerres de religion, la Révolution. Elle est toujours là."*


*"Comme les pierres de la Closerie."*


Ils avaient continué. Le Manoir de la Salle — une noble demeure médiévale qui dominait le village avec cette élégance tranquille des bâtiments qui n'ont plus rien à prouver. Les ruelles en couredous — ces passages étroits faits pour ralentir, pour s'arrêter, pour regarder.


*"On sent quelque chose ici."*


*"On sent toujours quelque chose dans les endroits qui ont été habités longtemps et bien."*


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Ils s'étaient posés en terrasse au bord de la Vézère.


La rivière coulait doucement — verte, transparente, indifférente au temps qui passe. Des canoës au loin. Des enfants sur la rive. Une lumière de juin qui rendait tout légèrement irréel.


*"Tu sais ce qu'il y a dans les collines autour de ce village ?"*


*"Un des plus grands et plus importants temples bouddhistes d'Europe. Dhagpo Kagyu Ling — 'lieu de transmission des enseignements' en tibétain. Le siège européen de l'école Kagyü — l'une des quatre grandes lignées du bouddhisme tibétain."*


*"Ici ? En Périgord ?"*


*"Depuis 1975. Entre Montignac et Les Eyzies — ce centre d'étude et de méditation trône depuis plus de quarante-cinq ans."*


*"Comment c'est arrivé là ?"*


*"Une synchronicité — comme dirait Guillemant. Des moines tibétains qui cherchaient un lieu en Europe. Et qui ont trouvé cette vallée. Cette lumière. Peut-être qu'ils ont senti ce que tu as senti en arrivant ici."*


*"Quelque chose."*


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*"Un autre centre établi dans les années 1970 par Dudjom Rinpoché — une statue impressionnante de Padmasambhava. Des rituels les jours de pleine lune. Et plus loin — un monastère zen."*


*"Des moines tibétains, des maîtres zen — en Dordogne."*


*"La vallée de la Vézère attire quelque chose. Elle l'a toujours fait. Les hommes préhistoriques ont choisi ces falaises il y a quarante mille ans — pas par hasard. Lascaux est à quelques kilomètres. Cette vallée est peut-être un des endroits où la conscience humaine s'est le mieux exprimée — depuis toujours."*


*"La gravité de conscience."*


*"Certains endroits ont une gravité particulière. Ils attirent ceux qui cherchent. Depuis la préhistoire jusqu'aux moines tibétains."*


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Ils avaient marché jusqu'au marché gourmand le long de la Vézère. Des producteurs locaux. Du foie gras. Des fromages de chèvre. Des fraises de Périgord. Des vins de Bergerac.


*"C'est ça aussi le Périgord. Pas seulement les châteaux et les grottes. La façon dont les gens mangent. Ce qu'ils mettent dans leurs assiettes et pourquoi."*


*"Le locavorisme."*


*"La vie."*


Ils avaient acheté du fromage, du pain, une bouteille de Bergerac. Et s'étaient installés sur un banc au bord de l'eau.


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*"Je suis arrivé ici pour partir. Et je reste pour rester."*


*"Les gens qui arrivent dans ce coin cherchent tous à partir de quelque chose. Leur travail. Leur vie. Eux-mêmes."*


*"Et ils finissent par rester. Pas ici nécessairement. Mais en eux-mêmes."*


*"C'est ça la Closerie des Âmes — non ? Un endroit où on arrive pour fuir et où on repart pour habiter."*


Thierry n'avait rien dit.


Parce que Théo venait de trouver les mots qu'il cherchait depuis des mois.


Exactement les bons. Exactement au bon moment.


La Vézère coulait doucement. Les canoës passaient. Les enfants riaient sur la rive.


Et deux hommes mangeaient du fromage et du pain sur un banc — sans parler — dans un des plus beaux villages de France.


Ça suffisait amplement.


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