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L'homme qui voulait partir — Page 6 — Feuilleton Périgord Noir La Closerie des arts

Ce soir-là, ils étaient six autour de la table.


Nathalie et Patrick — les Lyonnais aux vingt ans de mariage. Un couple de Belges taiseux mais souriants qui semblaient communiquer par regards. Et un homme seul, arrivé dans l'après-midi, que Thierry avait présenté simplement comme *"Marc — il vient de loin."*


De loin. Thierry avait cette façon de présenter les gens sans les résumer. Sans les étiqueter. Juste un prénom et une indication vague — comme si le reste appartenait à la personne et qu'il fallait lui laisser le temps de le donner elle-même.


Le repas avait commencé dans une bonne humeur tranquille. Vin de pays, soupe de légumes du jardin, le bruit des cuillères contre les assiettes en terre cuite.


Et puis Patrick avait posé son téléphone sur la table — face visible — et une notification avait fait vibrer l'écran. Il l'avait regardé malgré lui. Une fraction de seconde. Puis il avait retourné l'appareil, l'air légèrement coupable.


*"Mauvaise habitude"*, avait-il murmuré pour personne en particulier.


*"On est tous pareils"*, avait dit Marc en souriant. *"On part en vacances pour décrocher — et on recheck ses mails toutes les dix minutes."*


Des rires autour de la table. Tout le monde se reconnaissait.


Théo avait regardé son propre téléphone, posé à côté de son verre. Vingt-trois emails non lus. Il l'avait retourné face contre la table.


*"Le problème"*, avait repris Marc en reprenant un peu de pain, *"c'est qu'on regarde son téléphone en permanence pour éviter de se retrouver seul avec ses propres pensées. Le téléphone remplit le vide. Mais ce vide, ce silence — c'est justement là qu'on se retrouve soi-même."*


*"Et puis"*, avait ajouté Nathalie doucement, *"c'est comme si la vie était plus riche ailleurs, plus vivante et intéressante. C'est un manque de respect pour les autres — qui sont bien présents, eux."*


Patrick avait regardé sa femme. Vingt ans de mariage. Combien de dîners passés chacun sur son téléphone sans même s'en rendre compte ?


Il avait pris sa main sur la table. Sans rien dire.


Théo avait détourné les yeux — ce geste simple l'avait traversé comme une évidence. Quand avait-il posé son téléphone pour regarder vraiment la personne en face de lui ?


Il ne se souvenait plus.


Thierry était revenu de la cuisine avec le plat principal. Il avait posé la cocotte au centre de la table, soulevé le couvercle — un nuage de vapeur parfumée s'était échappé — et il avait dit, comme s'il avait entendu toute la conversation depuis la cuisine :


*"C'est pour ça que les gens reviennent ici. Pour retrouver ce silence-là. Et les gens qui vont avec."*


Personne n'avait répondu.


Mais tout le monde avait rangé son téléphone.


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