Il était arrivé à Lascaux à 14h30. Il en était ressorti à 16h15.
Et il n'avait pas dit un mot pendant le trajet du retour.
Ce n'était pas seulement la beauté des peintures. Enfin si — c'était ça aussi. Ces bisons, ces chevaux, ces mains tendues vers la roche comme pour la caresser ou la retenir. Dix-sept mille ans. Dix-sept mille ans que ces images attendaient là, dans le noir absolu, sans témoin.
Mais c'était surtout autre chose.
C'était de se retrouver face à quelque chose que des hommes avaient créé — des hommes comme lui, avec des peurs, des fatigues, des nuits sans sommeil peut-être — et de réaliser que cette envie de laisser une trace, de dire *"j'étais là, j'ai vu ça, ça m'a touché"* — cette envie-là n'avait pas changé.
Pas en dix-sept mille ans.
Le guide avait dit quelque chose qui lui tournait encore dans la tête en conduisant : *"On ne sait pas pourquoi ils ont peint. Peut-être pour se souvenir. Peut-être pour ne pas oublier ce qui comptait."*
Théo avait regardé la route défiler entre les collines vertes du Périgord.
Pour ne pas oublier ce qui comptait.
Il avait essayé de se rappeler la dernière fois qu'il avait fait quelque chose qui comptait vraiment. Pas pour son patron. Pas pour ses clients. Pour lui.
Il n'avait pas trouvé de réponse.
En remontant dans sa voiture, il avait regardé son téléphone. Vingt-trois emails professionnels non lus.
Il avait posé le téléphone sur le siège passager, face vers le bas.
Et il avait roulé doucement vers la Closerie. Vers les pierres, les poutres, la table du soir. Vers cet endroit qui, sans qu'il comprenne encore pourquoi, commençait à lui ressembler.
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