La conversation avait continué doucement autour de la table.
Magdalene avait posé son verre.
*"On a parlé des femmes brûlées, des femmes effacées, des femmes de science ignorées. Mais il y a quelque chose qu'on n'a pas encore abordé. Le féminisme. Ce mot qui divise autant qu'il rassemble."*
*"Parce qu'il y a plusieurs féminismes."*
*"Exactement."*
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*"À l'origine — des combats légitimes. Les suffragettes. Emmeline Pankhurst en Angleterre. Hubertine Auclert en France — qui versait des urnes lors des élections dès 1880."*
*"Et la deuxième vague — Simone de Beauvoir, le Deuxième Sexe en 1949. L'IVG — Simone Veil en 1975, sous les huées d'une Assemblée majoritairement masculine. Le droit au travail sans autorisation du mari — supprimé en France seulement en 1965."*
*"1965. Une femme mariée ne pouvait pas ouvrir un compte bancaire sans l'autorisation de son mari."*
*"Ce sont des combats réels. Documentés. Nécessaires."*
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*"Aujourd'hui — c'est plus complexe. L'égalité salariale — les femmes gagnent encore 16% de moins en Europe. Les féminicides — une femme meurt tous les deux jours et demi en France sous les coups de son partenaire."*
*"Et puis d'autres courants — plus fragmentés — qui ont parfois perdu de vue l'essentiel. Qui opposent là où il faudrait rassembler."*
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*"Le patriarcat n'est pas né de la malveillance des hommes. Il est né d'une logique économique — la propriété privée, le besoin de contrôler la descendance. Ce qui ne le rend pas moins oppressif."*
*"Et ce ne sont pas tous les hommes qui ont eu ce pouvoir. La grande majorité étaient paysans, ouvriers, soldats. Le patriarcat a surtout profité à une élite très restreinte."*
*"Quelques familles. Et ces familles — sont-elles composées uniquement d'hommes ? De moins en moins. Les femmes des élites participent pleinement à ces structures aujourd'hui."*
*"Le pouvoir concentré n'a pas de genre. Il a des intérêts."*
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*"Les hommes ordinaires ont été eux aussi instrumentalisés. Envoyés mourir dans les guerres des puissants. Contraints à des rôles rigides."*
*"Les hommes se suicident trois fois plus que les femmes. Représentent 95% des morts au travail."*
*"Ce n'est pas une compétition de souffrance. Les femmes ont payé un prix bien plus lourd globalement. Mais reconnaître que les hommes ordinaires ont aussi été des victimes — ce n'est pas nier l'oppression des femmes. C'est comprendre que tout le monde a perdu quelque chose."*
*"Sauf ceux qui tenaient les rênes."*
*"Sauf ceux qui tenaient les rênes."*
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*"Alors le vrai combat — ce n'est pas hommes contre femmes."*
*"Ce n'a jamais été ça. C'est la dignité humaine contre la concentration du pouvoir. Et ce combat-là — il a besoin de tout le monde."*
Dehors — le Périgord dormait sous ses étoiles.
Et autour de cette table — quelque chose de rare venait d'avoir lieu. Une conversation sur les femmes et les hommes — sans camp, sans guerre, sans vainqueur.
Juste — la vérité. Telle qu'elle est. Complexe et belle à la fois.
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