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L'homme qui voulait partir — Page 43 — Feuilleton Périgord Noir La Closerie des arts

Le lendemain matin, Vincent était parti tôt.


Il avait serré la main de Thierry longuement. Regardé Théo avec ce sourire doux des gens qui ont traversé quelque chose ensemble sans pouvoir l'expliquer.


*"Les Jardins de l'Imaginaire"*, avait rappelé Thierry.


Vincent avait hoché la tête. Et il était parti.


La Closerie s'était retrouvée à deux. Ce silence particulier des maisons qui reprennent leur souffle après les départs.


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Théo et Thierry avaient déjeuné dehors — simplement. La conversation de la veille flottait encore dans l'air. Pas pesamment. Comme une odeur de bois brûlé après un feu.


*"Tu crois encore ?"* avait demandé Théo.


*"À quoi exactement ?"*


*"À Dieu. Après tout ce qu'on a dit hier soir."*


*"Je crois à quelque chose. Pas au Dieu des institutions — celui qui punit, qui interdit."* Il avait regardé le jardin. *"Je crois à une intelligence dans les choses. Dans la façon dont les rencontres arrivent."*


*"Pas un Dieu personnel."*


*"Non. Quelque chose de plus grand et de moins bavard. Un Dieu qui n'a pas besoin qu'on lui consacre notre culpabilité."*


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C'est en fin d'après-midi que le gravier avait craqué sous des pneus.


Thierry était sorti — et il avait mis une seconde à la reconnaître. Un de ces visages où les années avaient ajouté de la profondeur sans enlever de la lumière. Indéfinissable — comme si le temps n'avait pas vraiment de prise.


*"Magdalene."*


*"Thierry."*


Elle était venue à l'époque de son divorce — des années avant. Un mois dans le chalet. Elle travaillait dans l'événementiel — concerts, festivals, tournées pop rock. Elle était venue pour souffler. Mais son téléphone n'avait pas voulu.


Elle était repartie avec l'impression d'avoir effleuré quelque chose sans pouvoir y entrer.


*"Tu es toujours dans l'événementiel ?"*


*"Toujours. On vient de finir une tournée. Bordeaux, Lyon, Paris, Bruxelles, Amsterdam."*


*"Et tu arrives ici."*


*"J'avais besoin de pierres et de silence."*


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À table ce soir-là, Théo lui avait posé la question.


*"Tu organises des moments pour des milliers de personnes. Est-ce que toi — tu les vis ?"*


*"C'est la meilleure question qu'on m'ait posée depuis longtemps. Et honnêtement — je ne sais pas encore la réponse."*


*"La musique — c'est du plaisir pur"*, avait dit Thierry. *"Du corps, de l'émotion. Tout ce que la religion a voulu contrôler pendant des siècles."*


*"Tu penses à Marie-Madeleine ?"*


*"Ton prénom m'y a fait penser."*


*"Marie-Madeleine — celle que l'Église a longtemps présentée comme pécheresse. Une femme trop libre, trop présente dans son corps."* Elle avait regardé son verre. *"Et moi je passe ma vie à créer des espaces où des milliers de gens s'autorisent à ressentir — sans culpabilité."*


*"La fête comme acte de résistance."*


*"Ou simplement — comme rappel que le corps a le droit d'exister. D'être joyeux. D'être là."*


*"Ce que la religion judéo-chrétienne a fait de plus dommageable — ce n'est pas d'interdire. C'est de culpabiliser. De mettre entre l'être humain et son propre corps une couche de honte permanente."*


*"Et cette honte dure des générations. Elle arrive encore dans les salles de concert — des gens qui pleurent sans savoir pourquoi. Qui s'autorisent enfin à ressentir — parce que la musique leur donne la permission."*


Un silence habité s'était installé.


Dehors — le Périgord s'endormait dans la douceur de mai.


Et autour de cette table — quelque chose venait de s'ouvrir. Quelque chose qui n'avait pas encore de nom. Mais qui avait la forme d'une conversation qui allait durer.


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