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L'homme qui voulait partir — Page 40 — Feuilleton Périgord Noir La Closerie des arts

Thierry avait soufflé une des bougies qui menaçait de couler sur la nappe. Il en avait rallumé une autre — plus petite, plus vive.


*"La mort. On n'en parle jamais vraiment. On fait comme si l'éviter dans les conversations l'éloignait de nous."*


*"Et pourtant — c'est la seule certitude qu'on ait."*


*"La seule. Et paradoxalement — les cultures qui l'ont acceptée, célébrée, intégrée dans leur quotidien — ce sont souvent les plus vivantes."*


*"Le Mexique. Le Día de los Muertos. Pas une journée de tristesse. Une fête. Des autels colorés — les ofrendas — avec des fleurs de cempasúchil dont le parfum guide les âmes. Les plats préférés du défunt posés sur l'autel. Les familles qui passent la nuit dans les cimetières — elles chantent, mangent, racontent. Des rires et des larmes mélangés — parce que la vie et la mort font partie du même cycle."*


*"Trois mille ans de tradition. En 2008, l'UNESCO a inscrit le Día de los Muertos au Patrimoine Culturel Immatériel de l'Humanité."*


*"À La Nouvelle-Orléans — les jazz funerals. Le cortège part dans le recueillement. Et puis l'orchestre bascule. Les rythmes s'accélèrent. Les gens dansent dans la rue."*


*"Danser à un enterrement ?"*


*"Si tu as bien vécu, ta mort mérite d'être célébrée. On commence dans la tristesse — et on finit dans la joie."*


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*"Et pourtant — regardez comment on enterre en Occident. Le cercueil sombre. Le silence pesant. La douleur qu'on comprime."*


*"Nos sociétés ont industrialisé la mort. Efficacement. Proprement. Sans débordement."*


*"Mais le deuil déborde toujours."*


*"Toujours. On ne peut pas mettre la mort dans une boîte."*


*"Au Tibet — l'enterrement céleste. Le corps offert aux vautours — messagers sacrés. Une façon de rendre le corps à la nature."*


*"À Bali — le Ngaben. La crémation est une fête. Un sarcophage en forme d'animal mythique brûlé dans une explosion de couleurs et de musique. La crémation libère l'âme pour qu'elle se réincarne. C'est un acte d'amour."*


*"Au Japon — après la crémation, la famille passe les os de main en main avec des baguettes — des pieds vers la tête. On touche ce qui reste. On ne se cache pas de la mort."*


*"En Chine — on brûle des offrandes en papier pour que le défunt soit à l'aise dans l'au-delà."*


*"En Afrique subsaharienne — des funérailles qui durent plusieurs jours. Musique, danse, nourriture. Le deuil devient une communion entre vivants et morts."*


*"Tous ces rites disent la même chose. La mort n'est pas une fin honteuse qu'on cache. C'est un passage qu'on accompagne."*


*"Les hommes de Néandertal enterraient leurs morts avec des fleurs. Il y a soixante mille ans. Ils ne savaient pas expliquer la mort. Mais ils savaient qu'elle méritait un rituel."*


*"C'est peut-être ça le propre de l'humanité. Pas la raison. Pas le langage. La façon dont on accompagne ceux qui partent."*


*"Alors pourquoi en Occident on en fait si peu ?"*


*"Parce qu'on a peur. Et que la peur rend pudique. Puis distant. Puis absent."*


*"En Occident on a peur de la mort. Et du coup — on a peur de vivre vraiment."*


*"C'est exactement ça. La peur de mourir est la peur fondamentale. Peur d'échouer — parce qu'on croit qu'une erreur peut nous détruire. Peur d'aimer — parce qu'on peut perdre. Peur d'oser."*


*"Mais si on accepte vraiment que rien n'est permanent ?"*


*"Alors tout change. Un homme qui sait qu'il est traversé par quelque chose de plus grand — lance son projet, choisit sa vie, aime vraiment. Un homme qui croit que chaque erreur peut le détruire — joue petit. Survit au lieu de vivre."*


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