Le lendemain matin, Théo s'était réveillé sans alarme.
C'était la première fois depuis des années.
Il avait regardé le plafond — les poutres anciennes, le bois sombre, la lumière qui filtrait doucement entre les volets. Dehors, les oiseaux. Pas de notification. Pas de réunion à 9h. Pas de métro. Juste les oiseaux et cette lumière dorée qui dessinait des lignes sur le carrelage.
Il était resté allongé dix minutes. Puis vingt. Sans culpabiliser.
En descendant, une odeur l'avait arrêté net sur la dernière marche.
Quelque chose de sucré, de chaud, de rond. Des crêpes. Des vraies crêpes maison — il avait reconnu l'odeur immédiatement, comme un souvenir d'enfance qu'on croyait perdu.
Thierry avait dressé la table avec une générosité tranquille. Confitures maison — fraise, abricot — dans de petits pots aux étiquettes manuscrites. Beurre salé. Œufs au plat, avec ou sans jambon. Pain frais ou toasté. Crêpes donc — dorées, légères, empilées dans une assiette creuse. Jus d'orange pressé. Fruits de saison. Et au choix : thé, café, ou chocolat chaud maison.
Théo s'était assis.
Il avait regardé tout ça devant lui — cette table abondante et simple à la fois — et il avait pensé à ses matins parisiens. Le café avalé debout. La tartine dans le métro. Les réunions à 8h30.
"Vous prenez quoi ?" avait demandé Thierry en posant la cafetière.
"Tout", avait répondu Théo.
Et pour la première fois depuis longtemps, il avait souri sans raison particulière.
"Vous avez des projets aujourd'hui ?"
Théo avait haussé les épaules. Depuis quand n'avait-il pas eu une journée sans projet ?
"Lascaux", avait dit Thierry simplement. "C'est à vingt minutes. Réservez en ligne ce matin — les créneaux partent vite."
Théo avait réservé. Par réflexe d'abord. Et puis parce que quelque chose dans la façon dont Thierry avait prononcé ce mot — Lascaux — lui avait donné envie d'y aller vraiment.
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