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L'homme qui voulait partir — Page 37 — Feuilleton Périgord Noir La Closerie des arts

La pluie avait commencé dans la nuit.


Ce matin-là, la Closerie était différente. Les collines avaient disparu dans la brume. Le jardin brillait d'une lumière grise et douce. Et quelque part dans la maison — un volet claquait par intermittence.


Thierry avait allumé quelques bougies sur la table. Pas par nécessité — par envie. Ces matins de pluie méritaient une lumière douce.


Les trois hommes s'étaient retrouvés autour de la table — café, mains autour des tasses. Personne n'avait proposé de sortir. Personne n'avait regardé son téléphone.


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C'est Vincent qui avait repris le fil de la veille.


*"J'ai réfléchi cette nuit. Ce que j'ai dit sur ma femme — cette peur qu'elle portait sans savoir d'où elle venait. C'est quelque chose que j'ai toujours senti. Mais je n'avais pas les mots."*


*"Il y a peut-être une explication"*, avait dit Thierry.


*"Vous avez entendu parler d'épigénétique ?"*


Théo avait hoché la tête vaguement. Vincent — pas du tout.


*"C'est une discipline scientifique relativement récente. Elle étudie comment nos expériences — et celles de nos ancêtres — modifient l'expression de nos gènes. Pas la séquence de l'ADN elle-même. Mais la façon dont il est lu par le corps."*


*"Rachel Yehuda — professeure de psychiatrie au Mount Sinai à New York — a étudié les enfants et petits-enfants de survivants de la Shoah. Elle a trouvé des modifications épigénétiques réelles — des altérations dans les gènes qui régulent le cortisol. Ces descendants présentaient plus d'anxiété, plus de vulnérabilité, sans jamais avoir vécu le traumatisme original."*


*"Ils portaient quelque chose qui n'était pas le leur"*, avait dit Vincent.


*"Biologiquement — oui. Isabelle Mansuy, à l'université de Zurich, a observé le même phénomène. Des traumatismes vécus par les parents se retrouvaient dans le comportement des générations suivantes."*


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*"Et concrètement — dans une vie humaine — ça ressemble à quoi ?"*


*"Des angoisses inexpliquées. Des peurs sans origine apparente. Des schémas qui se répètent."* Thierry avait regardé Vincent. *"Ou une femme qui a peur de l'abandon — sans jamais avoir été vraiment abandonnée dans sa propre vie."*


Vincent avait baissé les yeux.


*"Sa mère avait perdu son père à l'âge de quatre ans. La guerre. Elle ne l'avait jamais connu."*


Un silence.


*"Voilà"*, avait dit Thierry simplement.


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*"Mais attention — il faut être honnête sur ce que la science dit et ce qu'elle ne dit pas."*


*"On entend parfois des chiffres spectaculaires. La réalité est plus nuancée. Le transgénérationnel augmente des risques — pas des certitudes. Les enfants de divorcés ont statistiquement plus de risques de divorcer. Mais ce sont des corrélations — pas des destins."*


*"On hérite de prédispositions"*, avait dit Théo.


*"Exactement. Pas de fatalités."* Thierry avait regardé la pluie. *"Et c'est là que ça devient fascinant — parce que l'épigénétique est réversible. Boris Cyrulnik — neuropsychiatre français — a consacré sa vie à ce concept. La résilience. La capacité à se reconstruire malgré l'héritage. Pas en l'effaçant — en le comprenant."*


*"En le nommant"*, avait dit Vincent doucement.


*"En le nommant. C'est déjà beaucoup."*


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*"Et les âmes dans tout ça ?"* avait demandé Théo. *"La spiritualité parle de blessures de l'âme qui traversent les vies. La science parle de modifications épigénétiques qui traversent les générations. Est-ce que ce sont deux façons de dire la même chose ?"*


Thierry avait réfléchi longuement.


*"Je ne sais pas."* Il avait dit ça avec cette honnêteté tranquille qui était la sienne. *"Ce que je sais — c'est que les deux disent quelque chose d'important. Que nous ne sommes pas seuls dans notre propre histoire. Que nous portons quelque chose de plus ancien que nous."*


*"Et que ce quelque chose peut être soigné."*


*"Et que ce quelque chose peut être soigné."*


La pluie continuait de tomber sur les pierres de la Closerie.


Dehors — les collines restaient invisibles dans la brume.


Mais quelque chose dans la pièce s'était éclairci.


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