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L'homme qui voulait partir — Page 36 — Feuilleton Périgord Noir La Closerie des arts

Le lendemain matin, la Closerie s'était réveillée différemment.


Plus silencieuse. Plus légère — comme les maisons après les départs. Camille et Antoine étaient sur la route vers Toulouse depuis la veille. Leurs voix, leurs questions, leur jeunesse un peu maladroite — tout ça avait laissé une empreinte dans l'air. Pas un vide. Une trace.


Thierry avait préparé le café pour trois.


Trois tasses. Trois places. Comme si la maison savait déjà ce qui restait.


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Vincent était descendu le premier — avec ce regard des gens qui ont dormi sans vraiment se reposer.


*"Vous restez encore ?"*


*"Encore un peu. Si ce n'est pas un problème."*


*"Ce n'est jamais un problème."*


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Théo était descendu après. Son téléphone posé face vers le bas — geste devenu automatique depuis quelques jours.


*Sa* place habituelle. Depuis quand avait-il une place habituelle quelque part ?


Puis — discrètement — il avait retourné son téléphone.


Pas pour les emails. Pas pour Laurent et le dossier Maréchal — cette fusion industrielle complexe qui attendait sur son bureau parisien, ces quarante-sept slides PowerPoint qui résumaient sa vie d'avant.


Pour les annonces immobilières.


La longère à Tourtoirac — quinze minutes de la Closerie, trois hectares, pierres apparentes, une grange à rénover.


*"Vous cherchez quelque chose ?"*


Théo avait retourné l'écran vers Vincent.


*"Je regarde."*


*"C'est beau."*


*"Oui."*


*"Vous pensez sérieusement ?"*


*"Je pense que je pense."* Théo avait souri. *"Ce n'est pas encore la même chose."*


Thierry était passé avec la cafetière — avait vu l'écran, n'avait rien dit. Juste versé le café avec ce sourire discret qu'il avait parfois.


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Dans l'après-midi, Théo avait marché vers Saint-Orse.


Quatre kilomètres à peine depuis la Closerie — mais un autre monde.


Le village s'était révélé lentement, au détour d'un chemin entre les chênes. Quelques maisons de pierres blondes regroupées autour de deux places. Un silence de village qui n'a rien à prouver.


Il s'était arrêté devant l'église romane Saint-Ours — XIIe siècle, classée Monument Historique. Il était entré.


La fraîcheur des pierres. La pénombre. Et dans la crypte médiévale — une relique du pape Jean-Paul II, envoyée par le Saint-Siège en 2011.


Il avait posé la main sur la pierre froide.


Et il avait pensé — comme à Lascaux, comme aux Eyzies — à cette continuité étrange de l'humanité. Des Celtes avant les chrétiens — des pierres à empreintes de pas sur les vieux chemins, des traces de rites remontant au premier âge du fer.


Tant de générations avaient marché sur ces mêmes chemins. Avaient porté les mêmes questions.


Il était ressorti dans la lumière de mai — les deux places, un vieux four à pain, un pigeonnier, un lavoir. Ces détails humbles qui disent qu'ici des gens ont vécu, lavé leur linge, élevé leurs enfants.


Quatre kilomètres de la Closerie.


Il n'aurait jamais su que ça existait s'il était reparti au bout de deux nuits.


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Le soir, autour de la table, Vincent avait parlé.


*"Ma femme avait peur."* Doucement. *"Pas de moi. Pas de la vie ensemble. Quelque chose de plus ancien. Une peur qu'elle ne savait pas vraiment nommer."*


*"Elle venait d'une famille où personne ne se disait les choses. Des silences lourds. Des non-dits qui pesaient depuis des générations."* Il avait regardé son verre. *"Parfois je me demande si cette peur-là — elle l'avait vraiment choisie. Ou si elle l'avait reçue."*


Personne n'avait répondu immédiatement.


Parce que la question méritait qu'on la laisse exister.


Dehors — le ciel avait changé.


Les premières gouttes avaient commencé à tomber sur les pierres de la Closerie. Un vent s'était levé depuis les collines.


Et quelque part dans la maison — un volet avait claqué.


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