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L'homme qui voulait partir — Page 35 — Feuilleton Périgord Noir La Closerie des arts

Camille et Antoine étaient partis après le petit-déjeuner.


La voiture chargée — deux petites valises, quelques emplettes au marché de Thenon, et cette façon qu'ils avaient de regarder la Closerie une dernière fois avant de monter en voiture.


*"On reviendra"*, avait dit Camille.


*"Je sais"*, avait répondu Thierry.


Il savait.


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Sur la route vers Toulouse, Antoine avait conduit en silence un long moment.


*"Tu as pensé à ce qu'il a dit — sur les couples qui restent ensemble sans amour ?"*


*"Oui."*


*"Et ?"*


*"Et je me suis demandé pour quelles raisons on resterait ensemble — toi et moi — si un jour on ne s'aimait plus."*


*"La peur de la solitude probablement. L'habitude. Les projets communs."*


*"Les intérêts matériels aussi"*, avait dit Camille doucement. *"On ne le dit jamais — mais ils sont là. Pas forcément une maison commune. Parfois juste — un niveau de vie qu'on ne voudrait pas perdre."*


*"Et certains s'installent avec l'autre pour ça dès le départ."*


*"Oui. Sans le dire. Et un jour — ça se voit. Ou ça se sent. Le karma de la malhonnêteté finit toujours par se payer."*


Antoine avait posé sa main sur la sienne.


Et ils avaient roulé en silence — avec cette conscience nouvelle que l'amour est aussi une décision. Quotidienne. Fragile. Précieuse.


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À la Closerie, Vincent était resté.


Théo était sur la terrasse — son café, le soleil de mai, les collines vertes. Son téléphone ouvert sur une page qu'il n'avait pas encore montrée à personne.


Des annonces immobilières. Périgord Noir. Maisons à vendre.


Quelque chose dans sa façon de faire défiler les photos — lentement, attentivement — disait que ce n'était pas de la curiosité passagère.


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Le soir, Thierry et Vincent étaient restés seuls sur la terrasse.


*"Vous pensez que certains couples restent ensemble sans s'aimer ?"*


*"Souvent. Pour des raisons qu'ils n'avouent pas toujours. La peur de la solitude. Les intérêts économiques. Les enfants. L'habitude."* Il avait posé son verre. *"Les études disent que 41% des gens restent ensemble par peur d'être seuls. 27% pour les enfants. 13% pour des raisons économiques."*


*"Et les autres ?"*


*"Les autres s'aiment. Ou croient s'aimer encore. Ou confondent attachement et amour."*


*"Et quand on se sépare en s'aimant encore ?"*


Thierry avait regardé le jardin dans la nuit.


*"C'est peut-être la forme de séparation la plus injuste. Parce que l'amour est une chose rare. Précieuse. On ne le laisse pas partir sans se battre. Quand la flamme vacille — on agit. On reconquiert. On ose dire les choses difficiles avant qu'elles deviennent insurmontables."*


*"Mais certains ne le font pas."*


*"Certains ont peur. Ou ne savent pas comment. Et les non-dits s'accumulent — jusqu'au jour où quelque chose s'est défait sans qu'on comprenne vraiment pourquoi."* Une pause. *"Mais ça — ce n'est pas une fatalité. C'est un choix qu'on n'a pas fait à temps."*


Vincent avait hoché la tête lentement.


Théo avait écouté depuis sa chaise. Il avait pensé à sa propre vie. Aux choses qu'il n'avait pas dites.


Et il avait regardé son téléphone — les annonces immobilières du Périgord Noir.


Une maison avec du terrain. Des pierres. Un jardin.


Il n'avait encore rien dit à personne.


Mais la décision était là — quelque part entre le café du matin et le silence du soir.


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