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L'homme qui voulait partir — Page 34 — Feuilleton Périgord Noir La Closerie des arts

Vincent avait regardé ses mains un long moment.


*"Ce qui me manque le plus — c'est le matin."*


Il avait dit ça doucement. Pas pour émouvoir. Juste parce que c'était vrai.


*"Se réveiller et savoir qu'elle est là. Pas forcément se parler. Juste — sa présence dans le même espace. Le bruit de ses pas dans la cuisine. L'odeur du café qu'elle préparait toujours trop fort."* Il avait souri imperceptiblement. *"Ça m'agaçait. Ce café trop fort."*


Personne n'avait dit quoi que ce soit.


*"Et maintenant — je donnerais n'importe quoi pour un café trop fort."*


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Thierry avait pensé à ces moments — les moments qu'on ne photographie pas, qu'on ne réalise jamais être précieux avant qu'ils disparaissent. La façon dont quelqu'un pose ses clés toujours au même endroit. La petite vaisselle du soir — ce geste répété des centaines de fois, côte à côte, sans y penser.


*"L'amour quotidien"*, avait-il dit doucement. *"Pas celui des films. Pas celui des grandes déclarations. Celui qui ressemble à rien de spécial — et qui est tout."*


*"On ne nous apprend pas à le reconnaître"*, avait dit Théo. *"On nous apprend à chercher les feux d'artifice. Les coups de foudre. Les grands gestes."*


*"Et pendant ce temps — le vrai amour met la table. Fait la vaisselle. Attend qu'on rentre."*


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Camille avait regardé Antoine — avec quelque chose de plus discret qu'un sourire. Une conscience soudaine de ce qu'elle avait en face d'elle.


Antoine avait posé sa main sur la sienne — simplement, sans discours.


Vincent avait observé ce geste.


*"Ne laissez pas passer ça. Pas les grandes choses. Les petites. C'est là que tout se joue."*


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*"Et la sexualité dans tout ça ?"* avait demandé Camille.


*"La sexualité dans un couple qui dure — c'est une langue. Pas toujours la même. Elle évolue. Elle se transforme."*


*"Et quand elle disparaît ?"*


*"Parfois elle disparaît malgré tout. Malgré l'amour. Malgré le désir."* Thierry avait regardé la table. *"Et c'est là que le silence devient dangereux. L'écart se creuse — pas par manque d'amour, mais par manque de mots."*


*"Notre histoire façonne notre façon d'aimer"*, avait dit Théo. *"Les blessures du passé sont là — même quand on ne les voit plus. Derrière chaque comportement — il y a souvent une histoire qu'on n'a pas encore digérée."*


*"On retrouve les mêmes difficultés chez tous les couples"*, avait dit Thierry. *"Le problème n'est pas le genre. C'est la relation humaine dans ce qu'elle a de plus complexe."*


*"L'amour physique s'entretient. Il a besoin d'attention, de paroles, parfois de courage — celui d'en parler. Ce n'est pas un aveu d'échec. C'est un acte d'amour."*


*"Et après une perte ?"* avait dit Vincent très doucement.


*"Le corps se souvient. Il cherche — pas forcément quelqu'un d'autre. Parfois juste une chaleur. Une présence. Le sentiment d'exister encore dans le regard de quelqu'un."* Une pause. *"Ce n'est pas de la trahison. C'est de l'humanité."*


Vincent avait hoché la tête — les yeux baissés.


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*"On oublie le corps"*, avait dit Théo doucement. *"On vit dans la tête. Et le corps — il attend. Patiemment. Qu'on revienne."*


*"Et quand on revient ?"*


Thierry avait regardé le jardin dans la nuit.


*"Il vous rappelle que vous êtes vivant. Vraiment vivant. Pas juste actif."*


Un silence doux s'était installé.


Dehors, le Périgord dormait sous ses étoiles.


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