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L'homme qui voulait partir — Page 3 — Feuilleton Périgord Noir La Closerie des arts

La table était longue. Plus longue qu'il ne l'avait imaginé.


Huit personnes ce soir-là — deux couples, une famille avec une adolescente qui regardait son téléphone avec la conviction de quelqu'un qui s'ennuie, et un homme seul dans la soixantaine, barbe grise, qui lisait un livre de poche posé contre son verre de vin.


Théo s'était glissé dans le seul siège libre, entre le lecteur solitaire et l'une des femmes du premier couple. Elle s'appelait Nathalie. Elle venait de Lyon. Son mari s'appelait Patrick. Ils fêtaient leurs vingt ans de mariage.


*"Et vous ?"* avait-elle demandé avec ce sourire direct que les gens ont quand ils sont en vacances et qu'ils ont décidé de parler aux inconnus.


*"Théo. Je suis… de passage."*


Il n'avait rien trouvé d'autre à dire. De passage. Comme si sa vie entière tenait dans ces deux mots.


Thierry était arrivé avec une grande terrine fumante — canard confit, pommes de terre sarladaises, quelque chose qui sentait le thym et la forêt après la pluie. Il avait posé le plat au centre de la table avec le naturel de quelqu'un qui fait ça depuis toujours.


*"Servez-vous — ici on partage."*


Et quelque chose d'étrange s'était produit. L'adolescente avait posé son téléphone. L'homme au livre de poche avait fermé son roman. Patrick avait rempli le verre de Théo sans même lui demander.


La conversation avait commencé. Doucement. Comme les meilleures conversations — sans qu'on sache vraiment comment.


Théo avait mangé. Vraiment mangé. Sans regarder l'heure.


Dehors, quelque part dans la nuit périgourdine, un hibou avait lancé son cri. Et de la pièce voisine était venue, très douce, la musique d'un bandonéon.


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