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L'homme qui voulait partir — Page 28 — Feuilleton Périgord Noir La Closerie des arts

La conversation avait continué doucement — comme ces matins où on n'a nulle part à aller et où les mots viennent sans qu'on les force.


*"Et quand on perd quelqu'un qu'on aime ? Comment on est stoïque face à ça ?"*


Marc avait pris son temps.


*"C'est la question la plus honnête qu'on puisse poser au stoïcisme. La réponse est inconfortable. Le stoïcisme ne dit pas — ne ressens pas. Il dit — comprends ce que tu ressens et d'où ça vient."*


*"Et ça vient d'où ?"*


*"De l'attachement. On a choisi d'aimer. C'est un acte libre. Et la douleur de la perte — c'est le prix de cet acte. Pas une punition. Le revers naturel de quelque chose de beau."*


Thierry avait regardé le jardin. Des visages. Des présences qui avaient compté. Des absences qui avaient laissé quelque chose d'irréparable.


*"La douleur est réelle. Elle empêche de vivre — le temps qu'elle dure. Ce n'est pas une faiblesse. C'est humain."*


*"Certains dépérissent"*, avait repris Marc. *"Ils s'installent dans la douleur sans s'en rendre compte. Parfois parce que perdre cette douleur — ce serait perdre une dernière fois la personne aimée. Le deuil devient une façon de rester en lien."*


*"D'autres survivent quand survient un nouvel amour. Ce n'est pas une trahison — c'est une continuité. La capacité d'aimer est intacte. Elle cherche un nouveau lieu où s'exprimer."*


*"Et ceux qui ne ressentent rien ?"*


Marc avait eu un sourire triste.


*"Deux possibilités. Soit ils n'ont jamais vraiment aimé. Soit ils ont appris très tôt à couper ce canal-là. Pour se protéger. La douleur est là quelque part — mais enfouie si profond qu'elle ne remonte plus."*


*"Ce n'est pas mieux."*


*"Non. C'est juste différemment blessé."*


*"Pourquoi souffre-t-on autant quand quelqu'un qu'on aime décide de partir ?"*


*"Parce qu'on ne perd pas seulement la personne. On perd la version de soi-même qu'on était avec elle. Les projets, les habitudes, cette façon d'être ensemble qui n'existait qu'entre vous deux."*


*"Et celui qui part — qu'est-ce qui se passe dans sa tête ?"*


*"Des choses complexes. Ce n'est pas toujours un manque d'amour. On peut aimer quelqu'un profondément et ne pas pouvoir vivre avec lui. Des besoins incompatibles. Une peur de l'engagement. Parfois — une inadéquation profonde entre ce qu'on cherche et ce que l'autre peut donner."*


*"Alors que faire ? Retenir ? Convaincre ? Laisser partir ?"*


Thierry avait répondu — doucement, depuis un endroit qu'il connaissait.


*"On ne retient pas quelqu'un qui veut partir. On peut dire ce qu'on ressent. Mais convaincre quelqu'un de rester contre sa volonté — ça abîme les deux."*


*"Alors on souffre."*


*"Alors on souffre."* Il avait hoché la tête. *"Et le stoïcisme ne dit pas — ne souffre pas. Il dit — cette douleur t'appartient. Elle vient de quelque chose de beau que tu as choisi. Traverse-la. Sans la fuir. Sans t'y noyer."*


*"Et après ?"*


*"Après — tu es un peu différent. Pas abîmé. Différent."*


Théo avait pensé à Alma — partie à l'aube, le gravier sous les pneus. Ce vide immense et inexplicable.


Peut-être que c'était ça — un petit deuil. Le deuil de quelque chose qui aurait pu être et qui n'avait pas eu le temps d'exister.


*"On fait tous des deuils"*, avait dit Marc. *"Pas seulement des morts. Des relations qui finissent. Des vies qu'on abandonne. Des versions de soi-même qu'on laisse derrière."*


Théo avait regardé en direction de Paris.


*"Comme une vie parisienne qu'on n'arrive pas à quitter."*


*"Ou qu'on commence à laisser partir."* Marc l'avait regardé. *"Sans même s'en rendre compte."*


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