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L'homme qui voulait partir — Page 27 — Feuilleton Périgord Noir La Closerie des arts

Le lendemain matin, Marc était encore là.


Thierry n'avait pas demandé combien de temps il restait. Ça ne se demandait pas — pas à Marc. Il partait quand il partait.


Ils avaient pris le petit-déjeuner tous les trois sur la terrasse. Le café, les crêpes, la lumière de mai sur les pierres.


Marc et Théo avaient parlé à voix basse. Comme deux personnes qui ont commencé quelque chose la veille et qui savent qu'il reste des choses à dire.


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*"Le bonheur stoïcien — concrètement, dans une vie ordinaire — ça ressemble à quoi ?"*


Marc avait souri.


*"À ce matin. Exactement ce matin."*


*"C'est-à-dire ?"*


*"Vous êtes assis. Il fait beau. Le café est chaud. Personne ne vous demande rien."* Il avait regardé Théo. *"Et au lieu de profiter de ça — combien de fois est-ce qu'on pense à ce qu'on aurait dû faire hier ? Ou à ce qu'il faudra faire demain ?"*


Théo n'avait pas répondu. Parce que la réponse était évidente.


*"Le stoïcien — le vrai — il boit son café. Vraiment. Il sent la chaleur dans ses mains. Il entend les oiseaux. Il est là — complètement là."*


*"C'est ce qu'on appelle la pleine conscience aujourd'hui."*


*"Les Grecs l'avaient compris deux mille ans avant."* Marc avait posé sa tasse. *"Mais le stoïcisme va plus loin. Il dit — tu vas perdre tout ça un jour. Cette tasse. Ce matin. Ces oiseaux. Ces gens autour de toi."*


*"C'est censé être réjouissant ?"*


*"C'est censé être libérateur. Parce que si tu sais que tout est temporaire — tu arrêtes de tenir les choses trop serrées. Et paradoxalement — c'est là qu'on les apprécie vraiment."*


Thierry avait pensé à Alma — au gravier sous les pneus, au moteur qui s'éloigne. À Nathalie et Patrick. À tous ces gens qui étaient passés ici et qu'il n'avait jamais essayé de retenir.


Pas par indifférence. Par sagesse — même s'il n'aurait pas utilisé ce mot.


*"Les stoïciens distinguaient deux types de choses. Ce qui dépend de nous — nos pensées, nos choix, nos réactions. Et ce qui ne dépend pas de nous — les autres, le temps, la maladie, la mort."*


*"Et le bonheur vient de se concentrer sur le premier."*


*"Votre patron à Paris — il dépendait de vous ?"*


*"Non."*


*"Les embouteillages ?"*


*"Non."*


*"Les marchés financiers, les décisions de vos clients, l'humeur de vos collègues ?"*


*"Non."* Théo avait eu un sourire amer. *"Et pourtant j'ai passé vingt ans à m'épuiser là-dessus."*


*"Comme nous tous. Ce n'est pas une question d'intelligence. C'est une question d'habitude. On nous apprend à réagir au monde extérieur. Personne ne nous apprend à choisir notre réponse intérieure."*


Thierry avait versé du café.


*"C'est pour ça que le silence fait peur. Parce que dans le silence — on n'a plus d'excuse. On est juste là — avec soi-même."*


*"Et c'est là que commence le vrai travail."*


Un silence habité — le genre qui dit qu'on vient d'entendre quelque chose d'important.


Théo avait regardé ses mains autour de sa tasse. Chaudes. Présentes. Là.


*"Je comprends maintenant pourquoi vous êtes resté"*, avait-il dit à Thierry.


Thierry l'avait regardé — avec ce sourire qu'il avait parfois. Celui qui n'a pas besoin de mots.


*"Et vous ?"* avait dit Marc doucement. *"Pourquoi vous restez ?"*


Théo avait ouvert la bouche.


Et l'avait refermée.


Parce que la réponse était là — quelque part entre le café chaud, les oiseaux, et ce silence du Périgord qui n'en finissait pas d'exister.


Mais il n'était pas encore prêt à la dire.


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