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L'homme qui voulait partir — Page 24 — Feuilleton Périgord Noir La Closerie des arts

Ce matin-là, Alma avait attendu que tout le monde soit à table.


Elle avait bu son café lentement. Regardé le jardin. Les collines au loin. Ce ciel du Périgord qu'elle avait appris à reconnaître en quelques jours.


Et puis elle avait posé sa tasse.


*"Je repars demain."*


Pas d'explication. Pas d'excuse. Juste ces trois mots — posés sur la table comme une évidence.


*"Déjà ?"*


*"Ma route m'attend."* Elle avait souri. *"Je ne suis jamais censée rester longtemps quelque part."*


*"Et pourtant vous êtes restée"*, avait dit Marc doucement.


*"Et pourtant."*


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Thierry n'avait rien dit.


Il avait juste hoché la tête — avec cette façon qu'il avait d'accepter les choses sans les retenir. Mais en dedans — quelque chose s'était posé. Pas de la tristesse exactement. Plutôt cette sensation familière que certaines présences laissent une empreinte sans demander la permission.


Alma était arrivée par hasard — une sortie d'autoroute, une nuit sans réservation. Et en quelques jours, elle avait traversé la maison comme une lumière particulière traverse une pièce. Sans s'imposer. Sans disparaître non plus.


Il avait pensé à ce qu'elle lui avait dit la première nuit — *"certaines âmes reviennent avec quelque chose à accomplir."* Il n'était pas sûr d'y croire entièrement. Mais il n'était pas sûr de ne pas y croire non plus.


Ce qu'il savait — c'est qu'Alma avait vu quelque chose en Théo que Thierry lui-même avait pressenti sans le formuler.


Et les départs font partie de l'accueil. Ils en sont peut-être la partie la plus honnête.


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Théo tenait sa tasse un peu trop serrée.


Il ne s'en rendait pas compte. Ou peut-être que si.


Quelque chose s'était passé en lui depuis l'arrivée d'Alma — quelque chose qu'il n'avait pas cherché, pas prévu, pas compris encore tout à fait. Une attirance profonde et silencieuse. Pas le désir bruyant qu'on reconnaît facilement. Quelque chose de plus subtil — comme une corde qui vibre sans qu'on l'ait touchée.


Alma n'était pas une femme qu'on possède — elle le savait, il le sentait. Elle était de ces présences qui passent et laissent une empreinte précisément parce qu'elles ne cherchent pas à en laisser une.


Et maintenant elle repartait.


Il avait regardé le jardin pour ne pas regarder ailleurs. La lumière du matin sur les pierres. Les collines vertes. Ce Périgord immobile et patient.


Les larmes étaient là — au bord. Il les avait senties arriver et les avait retenues avec cette discipline tranquille des gens qui ont appris depuis longtemps à ne pas pleurer devant les autres. Pas par orgueil. Par pudeur. Par respect pour ce moment qui n'appartenait qu'à lui.


Un vide. Immense et inexplicable.


Comment peut-on ressentir l'absence de quelqu'un qu'on connaît depuis quatre jours ? Comment peut-on être touché à ce point par une femme qui n'a jamais dit qu'elle restait ?


Il n'avait pas de réponse.


Peut-être qu'Alma avait raison. Peut-être que certaines âmes se reconnaissent sans avoir besoin de temps. Sans avoir besoin de mots. Et que cette reconnaissance-là — précisément parce qu'elle est rare — laisse quelque chose d'irréparable quand elle s'en va.


Il avait pensé à tout ce qu'ils n'avaient pas dit. Tout ce qu'il aurait pu demander — et qu'il n'avait pas osé.


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*"Certaines rencontres ne sont pas là pour durer"*, avait dit Alma doucement — à personne en particulier, et à tout le monde à la fois. *"Elles sont là pour rappeler."*


Théo avait reconnu ces mots. C'était Thierry qui les avait prononcés — il y a quelques nuits, autour des bougies.


Il avait levé les yeux vers Alma.


Elle lui avait souri — brièvement, vraiment — avant de reprendre son café.


Théo avait hoché la tête.


Mais il avait pensé — en silence, pour lui seul — que certaines absences durent, elles. Longtemps. Peut-être toujours.


La matinée avait continué. Doucement. Comme toutes les matinées à la Closerie.


Mais quelque chose avait changé dans l'air — cette qualité particulière du temps quand on sait qu'il est compté.


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