Sur le chemin du retour, Thierry avait proposé de regrouper les voitures.
*"On est trop nombreux à conduire seuls — quelqu'un monte avec moi ?"*
Nathalie et Patrick avaient pris Marc. Et Théo — presque sans y penser — avait regardé Alma.
*"Je vous dépose ?"*
Elle avait accepté sans hésiter.
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Ils avaient roulé un moment en silence. Ce n'était pas un silence gêné — plutôt le prolongement naturel de ce qu'ils venaient de vivre là-dessous. Ces cristaux, cette obscurité, cette lumière soudaine.
Sur la route du retour, Théo avait ralenti sans raison particulière.
Audrix apparaissait sur la droite — accroché à son promontoire comme s'il avait toujours été là. L'un des plus hauts villages du Périgord Noir. Quelques maisons en pierres dorées, un clocher roman discret, un ancien four à pain sur la place principale — restauré avec soin, témoignage silencieux d'une vie de village qui n'avait pas encore tout à fait disparu.
*"C'est quoi ce village ?"*
*"Audrix."* Alma regardait par la vitre. *"De là-haut on voit les deux vallées en même temps — la Vézère et la Dordogne. C'est l'un des rares endroits du Périgord où le regard embrasse autant d'espace d'un seul coup."*
Théo avait regardé le village s'éloigner dans le rétroviseur. Les toits de tuiles. Le clocher. La campagne vallonnée tout autour.
*"On devrait s'arrêter"*, avait-il dit.
*"Une autre fois."* Alma avait souri. *"Certains endroits méritent qu'on leur consacre du temps. Pas juste un coup d'œil depuis la voiture."*
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*"Ce que vous avez dit là-bas — sur l'ancienneté. Ça m'a traversé."*
Alma avait regardé la route défiler entre les chênes.
*"Qu'est-ce que ça a réveillé ?"*
*"L'idée que ma vie — mes problèmes, mes urgences, mes réunions — tout ça est infiniment petit à côté de ce qui existe depuis des millions d'années."* Une pause. *"Ce n'est pas déprimant. C'est libérateur."*
*"C'est exactement ça."* Alma avait tourné la tête vers lui. *"La plupart des gens trouvent ça angoissant — se sentir petit. Toi tu trouves ça libérateur. C'est rare."*
*"Vous faites ça souvent ?"*
*"Quoi ?"*
*"Voir les gens."*
Elle avait eu ce sourire lent.
*"Je ne choisis pas. Ça arrive."*
*"Et qu'est-ce que vous voyez — quand vous me regardez ?"*
Alma n'avait pas répondu immédiatement.
*"Quelqu'un qui a longtemps cherché à l'extérieur ce qui était à l'intérieur."* Une pause. *"Et qui commence à comprendre que les deux ne sont peut-être pas si séparés."*
Théo avait gardé les yeux sur la route.
Ces mots-là — il n'aurait pas su les dire lui-même. Mais en les entendant, il avait reconnu quelque chose. Comme on reconnaît une maison qu'on n'a jamais vue.
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De retour à la Closerie, Thierry avait préparé le dîner.
Depuis la cuisine il les avait entendus — Théo et Alma sur la terrasse, leurs voix basses mêlées au bruit des cigales. Il n'avait pas cherché à distinguer les mots. Il avait juste souri.
Ce genre de chose — ça ne s'organise pas. Ça arrive. Comme une sortie d'autoroute qu'on n'avait pas prévue.
Il avait remué sa sauce doucement.
Et dehors, la lumière du soir dorait les pierres de la Closerie.
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