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L'homme qui voulait partir — Page 23 — Feuilleton Périgord Noir La Closerie des arts

Sur le chemin du retour, Thierry avait proposé de regrouper les voitures.


*"On est trop nombreux à conduire seuls — quelqu'un monte avec moi ?"*


Nathalie et Patrick avaient pris Marc. Et Théo — presque sans y penser — avait regardé Alma.


*"Je vous dépose ?"*


Elle avait accepté sans hésiter.


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Ils avaient roulé un moment en silence. Ce n'était pas un silence gêné — plutôt le prolongement naturel de ce qu'ils venaient de vivre là-dessous. Ces cristaux, cette obscurité, cette lumière soudaine.


Sur la route du retour, Théo avait ralenti sans raison particulière.


Audrix apparaissait sur la droite — accroché à son promontoire comme s'il avait toujours été là. L'un des plus hauts villages du Périgord Noir. Quelques maisons en pierres dorées, un clocher roman discret, un ancien four à pain sur la place principale — restauré avec soin, témoignage silencieux d'une vie de village qui n'avait pas encore tout à fait disparu.


*"C'est quoi ce village ?"*


*"Audrix."* Alma regardait par la vitre. *"De là-haut on voit les deux vallées en même temps — la Vézère et la Dordogne. C'est l'un des rares endroits du Périgord où le regard embrasse autant d'espace d'un seul coup."*


Théo avait regardé le village s'éloigner dans le rétroviseur. Les toits de tuiles. Le clocher. La campagne vallonnée tout autour.


*"On devrait s'arrêter"*, avait-il dit.


*"Une autre fois."* Alma avait souri. *"Certains endroits méritent qu'on leur consacre du temps. Pas juste un coup d'œil depuis la voiture."*


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*"Ce que vous avez dit là-bas — sur l'ancienneté. Ça m'a traversé."*


Alma avait regardé la route défiler entre les chênes.


*"Qu'est-ce que ça a réveillé ?"*


*"L'idée que ma vie — mes problèmes, mes urgences, mes réunions — tout ça est infiniment petit à côté de ce qui existe depuis des millions d'années."* Une pause. *"Ce n'est pas déprimant. C'est libérateur."*


*"C'est exactement ça."* Alma avait tourné la tête vers lui. *"La plupart des gens trouvent ça angoissant — se sentir petit. Toi tu trouves ça libérateur. C'est rare."*


*"Vous faites ça souvent ?"*


*"Quoi ?"*


*"Voir les gens."*


Elle avait eu ce sourire lent.


*"Je ne choisis pas. Ça arrive."*


*"Et qu'est-ce que vous voyez — quand vous me regardez ?"*


Alma n'avait pas répondu immédiatement.


*"Quelqu'un qui a longtemps cherché à l'extérieur ce qui était à l'intérieur."* Une pause. *"Et qui commence à comprendre que les deux ne sont peut-être pas si séparés."*


Théo avait gardé les yeux sur la route.


Ces mots-là — il n'aurait pas su les dire lui-même. Mais en les entendant, il avait reconnu quelque chose. Comme on reconnaît une maison qu'on n'a jamais vue.


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De retour à la Closerie, Thierry avait préparé le dîner.


Depuis la cuisine il les avait entendus — Théo et Alma sur la terrasse, leurs voix basses mêlées au bruit des cigales. Il n'avait pas cherché à distinguer les mots. Il avait juste souri.


Ce genre de chose — ça ne s'organise pas. Ça arrive. Comme une sortie d'autoroute qu'on n'avait pas prévue.


Il avait remué sa sauce doucement.


Et dehors, la lumière du soir dorait les pierres de la Closerie.


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