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L'homme qui voulait partir — Page 19 — Feuilleton Périgord Noir La Closerie des arts

Le soir était tombé doucement sur la Closerie.


Thierry avait allumé les bougies. Les visages s'étaient adoucis dans la lumière chaude. Les verres avaient été remplis. Et cette heure particulière était arrivée — celle où les gens cessent d'être polis pour devenir vrais.


Nathalie et Patrick étaient là. Marc aussi — son livre de poche enfin fermé, posé définitivement à côté de son assiette. Alma. Théo. Et Thierry qui s'était assis ce soir-là avec eux.


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Patrick avait posé son verre et regardé la table.


*"Vous avez suivi l'actualité ces derniers jours ?"*


Personne n'avait répondu immédiatement. À la Closerie on avait pris l'habitude de laisser les téléphones de côté — et avec eux les mauvaises nouvelles du monde.


*"L'Iran. Le Liban. L'Ukraine qui continue."* Il avait secoué la tête lentement. *"Ça fait des années. Des décennies. Et ça recommence. Toujours."*


*"Parce que ce sont les mêmes qui décident"*, avait dit Marc. *"Et ce ne sont jamais eux qui meurent."*


Alma avait regardé la flamme des bougies.


*"Les guerres naissent rarement de la haine. Elles naissent de la peur. De la peur de l'autre. De ce qu'on ne comprend pas. De ce qui nous ressemble trop pour qu'on l'admette."*


Un silence.


*"Et le pétrole dépasse les cent dollars le baril"*, avait repris Patrick. *"Pendant que les populations paient à la pompe, à l'épicerie, sur leur facture d'électricité. La guerre a toujours un coût humain invisible."*


*"Trois cessez-le-feu en un mois au Liban"*, avait murmuré Nathalie. *"Et les bombes continuent."*


Une dame hôte — arrivée la veille, discrète jusqu'alors — avait levé les yeux.


*"Et si ça arrivait jusqu'ici ? Jusqu'en France ? Qu'est-ce que vous feriez ?"*


La question avait flotté un moment au-dessus de la table.


Marc avait répondu le premier.


*"La guerre est un échec politique avant d'être un drame humain. Mourir pour des frontières tracées par des hommes qui n'enverront jamais les leurs — c'est une absurdité que l'histoire répète sans jamais apprendre."*


Patrick avait hoché la tête — mais avec une nuance.


*"Ça dépend de ce qu'on défend. S'il s'agit d'une invasion, d'une dictature qui s'installe — la résistance devient une nécessité morale. On ne choisit pas la guerre. On choisit la liberté."*


Thierry avait réfléchi un moment avant de parler.


*"Mon grand-père a pris le maquis pendant la deuxième guerre. Mon père a été mobilisé pour le Service du Travail Obligatoire — il est né en 1926. Je n'ai pas grandi avec des histoires de gloire militaire. J'ai grandi avec des histoires d'hommes ordinaires contraints de choisir dans l'adversité."*


Il avait regardé son verre.


*"Les peuples devraient vivre en harmonie. Mais une dictature — c'est différent. Là, quelque chose en moi se réveillerait. Quoi exactement — je ne sais pas encore. Je crois qu'on ne le sait jamais vraiment avant d'y être."*


*"C'est ça la vérité"*, avait dit Alma doucement. *"C'est dans l'adversité qu'on se révèle. Pas dans les discours. Dans les actes."*


Théo avait regardé autour de la table — ces visages dans la lumière du soir.


*"On est là"*, avait-il dit. *"À manger, à boire, à parler. Et à quelques heures de vol — des gens n'ont plus de maison."*


Personne n'avait trouvé quoi répondre à ça.


Thierry avait regardé son verre. Puis la table. Puis les visages.


*"C'est peut-être pour ça qu'il faut vivre vraiment. Ici. Maintenant. Pleinement."* Il avait levé son verre lentement. *"Pas par indifférence. Par respect pour ceux qui ne peuvent plus."*


Les verres s'étaient levés un par un.


Sans bruit. Sans discours.


Juste ce geste simple — qui disait tout ce que les mots n'auraient pas su dire mieux.


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