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L'homme qui voulait partir — Page 18 — Feuilleton Périgord Noir La Closerie des arts

Ils étaient rentrés vers midi.


Nathalie la première — avec cette façon qu'elle avait d'entrer quelque part comme si elle y avait toujours vécu. Elle avait posé son sac, regardé la terrasse baignée de soleil, et souri.


*"Il fait trop beau pour rester à l'intérieur."*


Patrick l'avait suivie — un peu plus silencieux qu'à l'habitude. Le genre de silence qui arrive après quelque chose de beau qu'on n'a pas encore digéré.


Marc était le dernier. Il avait posé son livre de poche sur la table — toujours à la même page, avait remarqué Théo — et s'était assis avec ce soupir tranquille des gens qui savent apprécier l'instant.


Thierry avait fermé sa partie d'échecs, posé quelques verres sur la table et sorti une bouteille de rosé. Rien de plus. À la Closerie le midi c'était auberge espagnole — chacun apportait ce qu'il avait, et la table se faisait toute seule.


Nathalie avait sorti un saucisson acheté au marché de Périgueux. Patrick avait trouvé du pain. Marc avait débusqué un pot de rillettes et des cornichons. Alma avait coupé des tomates avec le naturel de quelqu'un qui a toujours fait ça.


En cinq minutes la table était dressée — sans qu'on se soit concertés, sans qu'on ait rien planifié.


Théo avait regardé tout ça avec quelque chose qui ressemblait à de l'émerveillement.


*"Comment c'est possible ?"* avait-il dit doucement.


*"Quoi ?"* avait demandé Nathalie.


*"Ça."* Il avait désigné la table, les gens, le soleil. *"On ne se connaissait pas il y a une semaine."*


Nathalie avait souri.


*"C'est la magie des endroits qui mettent les gens à l'aise. On baisse la garde. Et on redevient simples."*


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*"Alors — Hautefort ?"* avait demandé Alma.


Nathalie avait cherché ses mots.


*"Généreux."* Elle avait regardé au loin. *"Je ne m'attendais pas à ça. On imaginait quelque chose d'austère, de fermé. Et c'est tout le contraire. Les jardins, la lumière, la vue sur les collines..."*


*"On est restés longtemps sur les terrasses"*, avait dit Patrick. *"Sans parler. Ce qui ne nous arrive pas souvent."*


Nathalie avait ri doucement.


*"Vingt ans de mariage — et on a redécouvert le silence ensemble ce matin."*


Marc avait levé son verre.


*"C'est ça les beaux endroits. Ils ne parlent pas à ta place. Ils te donnent juste l'espace pour t'entendre toi-même."*


*"On y retourne"*, avait dit Patrick simplement.


Thierry avait souri — ce sourire de quelqu'un qui n'en attendait pas moins.


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La conversation avait dérivé doucement — Hautefort, le Périgord, ces châteaux qui portent des siècles dans leurs pierres sans en faire étalage.


*"Et vous — vous avez visité quoi ce matin ?"* avait demandé Patrick en regardant Théo.


*"Les collines."* Théo avait hésité. *"Avec Alma."*


Patrick avait hoché la tête — sans insister. Mais Nathalie avait échangé un regard rapide avec son mari. Le genre de regard que vingt ans de mariage permettent — une conversation entière en une fraction de seconde.


*"C'est bien aussi — les collines"*, avait-elle dit avec ce sourire qui ne disait pas tout.


Le repas avait continué. La lumière d'avril sur la terrasse. Le saucisson, les rillettes, le pain, le rosé. Ces petites choses simples qui font les meilleurs repas.


Personne n'avait demandé à Alma combien de temps elle restait.


Et elle n'avait rien dit.


Certaines présences n'ont pas besoin d'être annoncées pour s'installer. Elles sont là — et le reste suit naturellement, comme l'eau qui trouve son chemin.


Thierry l'avait regardée un instant depuis le bout de la table.


Elle coupait une tomate. Tranquillement. Comme si elle avait toujours été là.


Il avait souri intérieurement — sans savoir exactement pourquoi.


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