Ce matin-là, Nathalie et Patrick avaient décidé de visiter Hautefort.
Thierry leur avait décrit le château la veille — avec cette façon qu'il avait de parler des choses qu'il aimait. Pas comme un guide touristique. Comme quelqu'un qui a eu la chance de les voir et qui veut que vous ayez la même chance.
*"C'est à vingt-cinq minutes d'ici. Vous prenez la route de Badefols-d'Ans — et à un moment, il apparaît. Comme ça. Au bout d'une allée. Sur son promontoire. Il domine tout le village, toute la vallée. Un château de la Renaissance — généreux. Les jardins à la française sont impeccables — des buis taillés au cordeau, des parterres géométriques, des roses au printemps. Et la vue depuis les terrasses — c'est le Périgord dans toute sa profondeur."*
Patrick avait souri.
*"On y va."*
Marc les avait suivis — son livre de poche dans la poche.
Thierry, lui, était resté à la table — son échiquier devant lui, une partie en ligne ouverte sur son téléphone. Les échecs. Ce moment particulier où le monde extérieur s'efface. Une forme de méditation à lui — concentration pure, présence à lui-même.
Et sur la terrasse, Alma et Théo étaient restés.
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Le silence avait duré un moment — un bon silence, sans malaise.
C'est Alma qui l'avait rompu.
*"Montrez-moi votre Périgord."*
Théo l'avait regardée.
*"Mon Périgord ?"*
*"Vous êtes là depuis combien de temps ?"*
*"Presque trois semaines."*
*"Alors vous en savez plus que vous ne croyez."* Elle s'était levée. *"Allons marcher."*
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Ils avaient pris le chemin qui longe la propriété — celui qui monte doucement entre les chênes, traverse un pré, et débouche sur un plateau d'où l'on voit les collines du Périgord Noir se déployer comme une promesse.
Avril avait fait son travail. Les arbres étaient d'un vert tendre et lumineux. L'air sentait la terre humide, la résine — cette odeur particulière du Périgord au printemps qu'on ne retrouve nulle part ailleurs.
Alma marchait lentement. Elle regardait tout — les pierres, les arbres, le ciel. Pas comme une touriste. Comme quelqu'un qui écoute.
*"Ce pays est très ancien"*, avait-elle dit doucement. *"On le sent dans les pierres. Dans le sol. Il y a une mémoire ici — profonde, silencieuse. Quelque chose qui précède tout ce qu'on peut nommer."*
Théo avait pensé à Lascaux — à ces hommes qui avaient peint dans le noir, dix-sept mille ans avant lui.
*"J'ai visité Lascaux la première semaine"*, avait-il dit. *"Je suis resté silencieux pendant tout le trajet du retour."*
*"Je comprends."* Elle avait ramassé un caillou — calcaire, blanc, lisse — et l'avait regardé avant de le reposer doucement. *"Certains lieux parlent. Pas avec des mots — avec une présence. On entre dedans et quelque chose en nous reconnaît."*
Ils avaient marché encore un moment sans parler.
Puis Alma s'était tournée vers lui.
*"Qu'est-ce que vous faites dans la vie, Théo ?"*
*"Je dirigeais une équipe dans une boîte de conseil à Paris."*
*"Dirigeais."*
Il avait souri malgré lui.
*"Dirigeais, oui."*
*"Et maintenant ?"*
*"Maintenant je suis en congé."* Une pause. *"Enfin — c'est ce que je dis."*
*"Et ce que vous ne dites pas ?"*
Théo avait regardé les collines.
*"Que je ne sais pas si j'ai envie de rentrer."*
Alma n'avait pas répondu immédiatement. Elle laissait les mots exister — sans se précipiter dessus.
*"Qu'est-ce qui vous retient ici ?"* avait-elle demandé enfin.
*"La lenteur. Le fait que personne ne m'attend nulle part pour faire quelque chose d'urgent. La table du soir. Les conversations."* Il avait hésité. *"Et quelque chose que je n'arrive pas encore à nommer."*
*"Ne le nommez pas."* Alma avait souri. *"Les choses les plus importantes résistent longtemps aux mots. C'est bon signe."*
Ils avaient redescendu le chemin doucement, dans la lumière d'avril.
Et Théo avait pensé — pour la première fois depuis longtemps — qu'il était exactement là où il devait être.
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