Il avait réservé pour deux nuits.
C'était un mardi soir de mars, quelque part sur l'A89, quand le GPS avait annoncé "dans 12 kilomètres, tournez à droite". Théo Marchand avait obéi — comme il avait obéi à tout pendant vingt ans. Au travail, aux réunions, aux open spaces, aux tableaux Excel qui ne mentent jamais mais ne disent jamais rien de vrai non plus.
Il avait 52 ans, une valise trop lourde et un besoin urgent de silence.
Paris était derrière lui depuis six heures. Six heures de route, trois cafés avalés sans les goûter, une playlist qu'il n'écoutait plus depuis le tunnel de Fourvière. Il conduisait comme on fuit — sans savoir exactement ce qu'on laisse derrière, sans savoir non plus ce qu'on cherche devant.
Le Périgord, il n'y avait jamais pensé. C'était sa sœur qui avait trouvé l'adresse, un soir où elle l'avait regardé avec cet air qu'elle avait depuis quelques mois. Cet air qui disait "Théo, tu vas craquer" sans jamais prononcer ces mots-là.
"Va là-bas. Juste deux nuits. Repose-toi."
Il avait dit oui pour qu'elle arrête de le regarder comme ça.
La Closerie des arts était apparue dans la nuit comme une promesse — les pierres anciennes dorées par les phares, un jardin deviné dans l'obscurité, une lumière chaude derrière une fenêtre. Quelque part dans la maison, une musique. Douce. Lointaine. Quelque chose qui ressemblait à un tango.
Théo avait coupé le moteur.
Il était resté une minute immobile, les mains sur le volant, à écouter ce silence qui n'en était pas vraiment un — les grillons, le vent dans les arbres, cette musique indistincte. Un silence vivant. Le premier depuis longtemps.
Quelqu'un l'attendait.
Il avait attrapé sa valise en se disant que deux nuits, ce n'était pas grand chose.
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